Les 16 et 17 avril 2026, Convergence Animaux Politique a réuni 60 ONG de protection animale à Paris, issues de 12 pays européens (Allemagne, Pays-Bas, Grèce, Italie, Espagne, Slovaquie…) pour renforcer la coopération internationale en faveur de la cause animale, dans un contexte politique alarmant.
Après une première édition réussie de l’International Conference for Animals in Politics (ICAP) en 2024, la seconde édition de cet événement a permis d’organiser la riposte des ONG de protection animale pour résister aux reculs de l’Union Européenne et obtenir de nouvelles avancées politiques pour les animaux en Europe. Cet événement a également permis de mettre en lumière le mouvement de défense des animaux dans des médias nationaux, tels que Le Monde.
Découvrez un aperçu de cet événement en vidéo, ainsi que le témoignage des participants. Parmi eux se trouvaient notamment la SPA, One Voice, L214, la Fondation Brigitte Bardot, PETA, Eurogroup for Animals, CIWF, Anima International, Humane World for Animals, Albert Schweitzer Foundation, Essere Animali, etc.
Jour 1 : Une table ronde pour relancer la protection animale en Europe
Le jeudi 16 avril, six acteurs clés de la protection animale spécialisés dans le plaidoyer, ont partagé leur vision stratégique pour relancer la protection animale en Europe :
- Stéphanie Ghislain, Responsable du plaidoyer, Eurogroup for Animals
- Sandra Schoenmakers, Directrice, Stichting Bont voor Dieren (Pays Bas)
- Ruud Tombrock, Directeur Europe, Humane World for Animals
- James West, Responsable des affaires publiques de CIWF (Royaume-Uni)
- Naomi Rey, Directrice, Sentience Suisse
- Melvin Josse, Directeur, Convergence Animaux Politique (France)
Structurée en trois temps – diagnostic, stratégies et perspectives – cette table ronde a permis d’analyser les blocages politiques actuels et de faire émerger de nouvelles pistes d’action politique en faveur des animaux à l’échelle nationale et européenne. En attendant le replay, retrouvez le résumé de la table ronde.









Diagnostic : une dynamique européenne fragilisée
Tous les intervenants reconnaissent un ralentissement significatif des avancées de l’Union européenne sur la protection des animaux, qui s’accompagne de retards législatifs successifs (notamment sur la révision bien-être animal) et de reculs inédits (déclassement du statut de protection du loup). Parmi les raisons évoquées :
- Un contexte politique instable (crises sanitaires, guerre en Ukraine, tensions économiques) qui conduit les gouvernements à prioriser la sécurité, la souveraineté alimentaire et la compétitivité industrielle.
- La montée des forces conservatrices dans plusieurs États membres, où les valeurs traditionnelles prennent le dessus sur la condition animale.
- Un poids accru des lobbies agricoles et industriels, influençant fortement les décisions de la Commission.
- Un manque d’anticipation stratégique des ONG de protection animale, qui n’ont pas su anticiper les crises et ont mis du temps à réagir collectivement.
Malgré ces difficultés conjoncturelles et structurelles, plusieurs intervenants ont rappelé le rôle moteur et structurant de l’Union Européenne pour la protection animale :
- Un modèle international, dont les avancées sur l’élevage, le transport, les animaux de compagnie, l’expérimentation animale, ont inspiré de nombreux pays. C’est notamment le cas de l’interdiction des tests sur les animaux pour les produits cosmétiques, adoptés par la suite au Canada, au Mexique, en Australie, etc.
- Un cadre normatif puissant, capable d’harmoniser les standards entre États membres, tout en leur permettant d’aller au-delà.
L’enjeu n’est donc pas d’abandonner l’échelon européen, mais de redéfinir les stratégies de plaidoyer des ONG.
Stratégies : repenser les leviers d’action politiques
Face à ce diagnostic, les intervenants ont largement insisté sur la nécessité pour le mouvement de protection animale de se réinventer. Une question centrale a émergé : où investir les ressources pour maximiser l’impact ?
Si le plaidoyer à l’échelle européenne reste déterminant sur le temps long, notamment pour son effet d’entraînement global, les ONG doivent aussi investir davantage les échelons nationaux et locaux, pour faire preuve de réactivité et obtenir des avancées ciblées. Une approche pragmatique consiste à identifier, selon les sujets, les pays ou institutions offrant le plus de leviers d’action, en fonction des opportunités politiques, des contextes nationaux et des rapports de force spécifiques. Certains pays ou régions peuvent ainsi servir de laboratoires d’innovation. Les dynamiques nationales peuvent ensuite être amplifiées au niveau européen.
Les intervenants ont identifié plusieurs évolutions nécessaires dans les stratégies de plaidoyer du mouvement :
- Renforcer les arguments économiques : démontrer que certaines pratiques (comme l’élevage intensif ou l’industrie de la fourrure) ont un coût élevé pour la société, et que des alternatives sont viables économiquement.
- Articuler davantage bien-être animal, santé publique et environnement, afin d’inscrire ces enjeux dans des priorités politiques plus larges.
- Engager les entreprises, en alternant dialogue et pression, pour créer une dynamique de marché et lever les freins politiques.
- Élargir les cibles du plaidoyer, en dialoguant davantage avec des acteurs opposés ou indécis, y compris dans les milieux conservateurs.
Les intervenants ont également souligné la difficulté des ONG à mobiliser massivement les citoyens “dans la rue”. Le soutien de l’opinion publique dans les sondages ne se traduit pas dans les comportements électoraux ou les choix de consommation – fortement influencés par le marketing des industries agroalimentaires. L’enjeu pour les ONG est de réduire cet écart en déployant de nouvelles formes de mobilisation plus créatives et collectives.
Perspectives : reconstruire une dynamique de progrès
Cette discussion stratégique a permis de faire émerger les pré-requis nécessaires pour reconstruire une dynamique de progrès pour les animaux en Europe :
- Maintenir le bien-être animal à l’agenda politique, en continuant à produire des propositions concrètes et en assurant une présence constante dans les espaces de décision pour éviter la marginalisation du sujet.
- Cibler des objectifs atteignables, en privilégiant des avancées progressives plutôt que des réformes globales et en priorisant des mesures à fort impact, notamment la réduction des formes les plus extrêmes de confinement.
- Renforcer la coopération entre acteurs, en répondant à la fragmentation du mouvement par un meilleur partage des expertises et des stratégies, en coordonnant davantage les actions entre niveaux national et européen et en capitalisant sur les réussites locales pour favoriser leur diffusion.
- S’inscrire dans le temps long, en acceptant les phases de ralentissement et en construisant des stratégies capables de dépasser les cycles politiques. Dans un contexte défavorable, la priorité est aussi de soutenir le mouvement et ses acteurs pour assurer sa résilience.
À la suite de la conférence inaugurale consacrée à l’analyse des dynamiques européennes et des leviers d’action du mouvement, les ONG ont décliné ces réflexions en pistes d’action concrètes lors d’une journée d’ateliers de travail.
Jour 2 : Des ateliers de travail pour renforcer la coopération des ONG
Le vendredi 17 avril, les dirigeants et les responsables plaidoyer des ONG ont participé à une journée d’ateliers de travail visant à échanger sur les stratégies politiques efficaces pour faire avancer la condition animale et favoriser l’émergence de nouveaux axes de coopération transnationale.











Les leçons à tirer des campagnes politiques victorieuses
Plusieurs ONG ont partagé leurs retours d’expérience de campagnes politiques réussies afin d’en tirer des enseignements et bonnes pratiques à transposer dans d’autres pays.
Après 14 ans de campagne et 7 tentatives législatives, Anima International est parvenue à faire adopter en 2025 une loi interdisant l’élevage pour la fourrure en Pologne, premier producteur de l’Union européenne. Kirsty Henderson, Présidente de l’organisation, a présenté les principaux enseignements de cette victoire politique.
Elle a d’abord souligné les facteurs contextuels favorables à l’adoption de cette loi. Le déclin structurel de l’industrie de la fourrure a progressivement fragilisé le secteur sur le plan économique, réduisant sa capacité d’influence et de résistance face aux réformes. La guerre en Ukraine a contribué à détériorer l’image de cette industrie, notamment en raison de ses liens avec la Russie, renforçant ainsi un contexte politique défavorable à sa légitimité. Enfin, un contexte politique globalement plus réceptif a émergé, permettant de débloquer un processus législatif resté longtemps enlisé .
Elle a ensuite présenté les piliers de la stratégie déployée :
- Un engagement politique direct et massif, avec plus de 100 rendez-vous parlementaires et une présence constante au Parlement pour maintenir le sujet à l’agenda et le rendre incontournable.
- La construction d’alliances transpartisanes, via une stratégie de neutralité politique permettant de dépasser les clivages et d’élargir le soutien parlementaire.
- Une crédibilité fondée sur l’expertise, avec la production d’un rapport économique et d’enquêtes de terrain, permettant une approche factuelle des enjeux.
- Une mobilisation progressive de l’opinion publique, en préparant les citoyens à se mobiliser en amont des décisions politiques clés.
Parmi les principales difficultés rencontrées :
- Une montée en puissance trop rapide de certaines actions, rendant la coordination plus complexe.
- Un ciblage insuffisant des parlementaires clés, limitant initialement l’efficacité du lobbying.
- La découverte tardive de certains blocages institutionnels, liés à une maîtrise incomplète du processus législatif en amont.
La réussite d’une campagne de plaidoyer dépend de la capacité à être pleinement préparés lorsque s’ouvre une fenêtre d’opportunité politique, en combinant anticipation stratégique et flexibilité opérationnelle. Cette campagne a permis de construire un capital politique et institutionnel grâce à la création d’un réseau d’alliés et au soutien de 75% des députés, et à établir un précédent facilitant les futures réformes.
L’association Project 1882, représentée par Gunilla Lindgren et Sebastian Wiklund, a partagé les enseignements d’une campagne de plaidoyer collective visant à défendre une norme emblématique de bien-être animal en Suède. En 2023, le gouvernement suédois a envisagé d’assouplir plusieurs règles relatives au bien-être des animaux d’élevage, dont le droit historique des vaches laitières au pâturage. Face à cette menace, une coalition élargie a lancé la campagne « I Want to Graze », qui a conduit à l’abandon de cette tentative de dérégulation par le gouvernement.
Parmi les facteurs clés de succès identifiés :
- Une coalition large et transversale réunissant des ONG de protection animale, des organisations environnementales et des associations de consommateurs, renforçant ainsi sa légitimité politique et sa capacité d’influence.
- Un ancrage culturel du message, mettant en avant l’attachement au paysage rural suédois, en combinant des arguments de bien-être animal, environnementaux et culturels pour élargir le soutien public.
- La démonstration d’un fort soutien citoyen, via des pétitions et sondages, qui ont permis de rendre visible le coût politique de toute remise en cause de la norme.
L’association a souligné cependant la difficulté à transformer une logique de protection en dynamique plus progressiste pour d’autres espèces ou enjeux. Une campagne défensive réussie ne conduit pas toujours à des avancées supplémentaires.
La campagne pour une taxe sur la viande aux Pays-Bas, présentée par Jeroom Remmers de la Coalition TAPP, illustre une stratégie de transformation progressive d’un sujet politiquement sensible en politique de transition alimentaire acceptable.
Les principaux enseignements à retenir sont les suivants :
- Transformer une taxe perçue comme punitive en « prix juste de la viande » permet de déplacer le débat et de rendre la proposition politiquement crédible, même sur un sujet initialement tabou.
- La redistribution économique des bénéfices est essentielle pour élargir l’acceptabilité sociale. Un élément clé de la stratégie était la redistribution des recettes : la taxe proposée devait générer environ 1,3 milliard d’euros par an, réinvestis dans la suppression de la TVA sur les fruits et légumes (ramenée à 0 %) ainsi que dans des subventions aux agriculteurs pour soutenir l’amélioration du bien-être animal et la transition vers des pratiques plus durables.
- L’intégration des agriculteurs comme bénéficiaires de la réforme constitue un levier déterminant pour réduire l’opposition et assurer la faisabilité politique des politiques de transition alimentaire.
Cette campagne a permis de mettre en évidence un impact potentiel significatif, avec une réduction estimée de 60 % de la consommation de viande rouge et de 30 % de la consommation de poulet sur dix ans, ainsi que des gains majeurs en matière de bien-être animal, incluant des centaines de millions d’animaux épargnés. Elle a par ailleurs contribué à des évolutions politiques plus larges, notamment l’adoption au Danemark de restrictions des offres promotionnelles supérieures à 25 % sur la vente de viande.
Dylan Underhill, responsable des affaires publiques (Europe et Royaume-Uni) de Cruelty Free International, a présenté la RAT list (Replace Animal Tests list), un outil stratégique recensant les tests réglementaires sur les animaux encore utilisés malgré l’existence d’alternatives non animales. Ce travail vise à identifier des cibles concrètes de réforme au sein de systèmes réglementaires complexes.
La stratégie repose sur plusieurs éléments structurants. La création d’une base de données scientifique et évolutive permet d’objectiver les pratiques encore en vigueur et de les rendre visibles pour les décideurs. La RAT list sert également à transformer un enjeu technique en priorités politiques exploitables, en identifiant des réformes réalistes et directement activables. Enfin, elle facilite l’alignement entre expertise scientifique et plaidoyer politique, en reliant données, réglementation et action publique.
Les principaux enseignements de cette approche sont les suivants :
- la production d’outils de connaissance permet de rendre lisibles des systèmes réglementaires complexes ;
- l’identification de cibles précises augmente la capacité à obtenir des victoires concrètes et progressives ;
- et l’articulation entre science et plaidoyer constitue un levier central pour accélérer la transition vers des méthodes sans animaux.
La campagne « No es mi cultura », portée dans le cadre d’une initiative législative populaire en Espagne et présentée par Cristina Ibáñez de l’ONG AnimaNaturalis, visait à retirer à la tauromachie son statut de patrimoine culturel et à restaurer la capacité de décision des niveaux régional et local sur cette pratique. Cette campagne s’est inscrite dans une stratégie de mobilisation démocratique fondée sur les outils institutionnels espagnols de participation citoyenne.
Parmi les enseignements stratégiques mis en avant :
- Utilisation des mécanismes démocratiques existants : le recours à une initiative législative populaire permet d’inscrire la revendication dans le cadre institutionnel et de renforcer sa légitimité politique, montrant l’importance d’exploiter les outils démocratiques disponibles pour accroître la crédibilité d’une campagne.
- Reformulation du cadre narratif : en contestant l’idée que la tauromachie constitue un patrimoine culturel unanimement partagé, la campagne illustre la nécessité de requalifier les récits dominants pour rendre possible l’ouverture d’un véritable débat institutionnel.
- Mobilisation citoyenne structurée : la démonstration d’un soutien public visible et organisé permet de matérialiser une opposition significative et souligne le rôle déterminant de la mobilisation citoyenne dans l’influence des processus décisionnels formels.
Quelles stratégies adopter face à la montée des conservatismes ?
Dans un contexte de progression électorale des partis conservateurs et d’extrême droite en Europe, les ONG de protection animale sont confrontées à des choix stratégiques complexes en matière de plaidoyer politique. Cet atelier-débat a mis en lumière deux grandes orientations stratégiques et a permis d’identifier une possible troisième voie.
D’un côté, une approche pragmatique et orientée vers l’impact considère que l’extrême droite ne peut être ignorée car elle fait partie du paysage politique actuel. Dans cette perspective, « dialoguer ne signifie pas cautionner » et le lobbying doit être guidé avant tout par l’efficacité plutôt que par des considérations idéologiques. L’expérience italienne de LAV illustre cette approche stratégique : la domination durable de la droite et de l’extrême droite rend l’engagement politique parfois incontournable pour obtenir des avancées concrètes en matière de protection animale. Le dialogue est alors utilisé comme un outil opérationnel de négociation, sans implication d’adhésion politique.
D’un autre côté, une position plus prudente insiste sur les risques associés à ces interactions, notamment en termes d’image pour les ONG et de tensions possibles avec leurs soutiens et partenaires. Les participants ont également souligné les effets à long terme de certains choix stratégiques, en particulier les risques de légitimation indirecte de dynamiques politiques jugées problématiques pour les équilibres démocratiques et sociaux.
De ces échanges est finalement ressortie la possibilité d’une “troisième voie”: une stratégie au cas par cas visant à concilier impact et gestion des risques. Cette approche repose sur une évaluation fine des fenêtres d’opportunités politiques, une sélection ciblée des interlocuteurs (plutôt que des partis dans leur ensemble), et une adaptation des tactiques au contexte. Elle combine engagement sélectif et vigilance réputationnelle, tout en maintenant des lignes rouges organisationnelles claires. Elle invite également à diversifier les leviers d’action, notamment via le dialogue avec les entreprises, afin de continuer à obtenir des avancées pour les animaux dans un environnement politique en mutation.
Des ateliers pour favoriser le partage d’expérience entre ONG
31 ONG ont participé à des ateliers de retours d’expériences sur leurs campagnes politiques, pour leur permettre d’identifier collectivement les bonnes pratiques et les erreurs à éviter, afin d’améliorer l’efficacité de leurs futures actions de plaidoyer.
12 ONG ont participé à des ateliers de co-développement visant à trouver des solutions à des problématiques concrètes. Ce format visait à encourager l’intelligence collective, à améliorer la résolution de problèmes stratégiques et à faire émerger des pistes d’action partagées, adaptées aux enjeux communs du mouvement de protection animale.
23 ONG ont participé à un atelier de travail par thématiques (animaux d’élevage, transition alimentaire, animaux sauvages, expérimentation animale) visant à réfléchir aux modalités de collaborations transnationales capables d’influencer concrètement les rapports de force aux niveaux national et européen.
Ces ateliers ont été complétés par des sessions de networking organisées afin de favoriser la rencontre de nouveaux partenaires potentiels et de renforcer les liens entre représentants d’ONG issus de différents pays européens.
Cet événement a contribué à consolider une dynamique collective indispensable pour défendre et faire progresser la condition animale en Europe.
CAP remercie chaleureusement l’ensemble de ses donateurs et bénévoles, ainsi que le Fonds caritatif Craigslist, sans lequel l’organisation de ce séminaire n’aurait pas été possible. Leur engagement permet de créer des espaces de travail uniques, indispensables au renforcement du mouvement.
Pour poursuivre et amplifier cet impact, et permettre l’organisation de prochains événements dédiés à la défense des animaux, nous invitons celles et ceux qui le souhaitent à soutenir notre action. Chaque contribution participe directement à structurer une action collective plus efficace et durable en faveur des animaux.






